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Vague de Jazz, le trésor caché des Sables

Par Alice Leclercq – 30/07/2017

Des Sables d’Olonne, on connaît tous le Vendée Globe. Son festival de musique estival et gratuit reste lui confidentiel. Porté par un passionné, il met à la portée de tous les vacanciers quelques pépites du jazz français actuel, celui qui avance, qui stimule et enthousiasme. On vous raconte notre 15ème édition de Vague de Jazz.

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Vague de Jazz, l’écume des jours, coda

par Frederic Goaty

Vague de Jazz 2017, Post-K et Omar Sosa au Jardin du Tribunal. Swing vintage et futuriste et groove afro-cubain entre les gouttes.

2003, 2004, 2005, 2006, 2007, 2008, 2009, 2010, 2011, 2012, 2013, 2014, 2015, 2016 : qu’avaient donc en commun les quatorze premières éditions de Vague de Jazz ? D’être portées par son créateur Jacques-Henri Béchieau, l’enfant du pays, l’infatigable amoureux des jazz indomptables, des jazz en devenir, des jazz qui se (et qui nous) questionnent ; l’homme qui aura contre vents et marées fait vivre en plein cœur du Pays Vendéen une famille, sa famille, cette scène hexagonale qui se cherche tout le temps et qui se trouve toujours, incarnée par les Médéric Collignon, Joëlle Léandre, Thomas de Pourquery, Jeanne Added, Vincent Peirani, Marc Ducret, Vincent Courtois, Théo Ceccaldi, Valentin Ceccaldi, Élise Caron, Louis Sclavis, Edward Perraud, Bruno Chevillon, Émile Parisien, Michel Portal, Benoît Delbecq, Eve Risser, Quentin Biardeau, Elise Dabrowski, etc., etc. (la liste est bien trop longue).
De 2003 à 2016, Jacques-Henri Béchieau, Florence Savy-Herault et leur joyeuse équipe de bénévoles ont animé les jours et les nuits des Sables-d’Olonne, de Longeville-Sur-Mer et des environs, donnant aux jazz cités plus haut une place qui ne leur revenaient pas de soi. Ce fut une belle aventure, une belle histoire de résistance, une belle histoire tout court, à hauteur d’homme, avec supplément d’âme.
Alors, Vague de Jazz, c’est fini ?! Bien sûr que non. Relisez bien notre énumération, qui s’arrêtait au millésime 2016.
Quatre jours durant, ce fut donc Vague de Jazz 2017, quinzième édition. Différente, bien différente des précédentes puisqu’elle s’est tenue quasi exclusivement au Jardin du Tribunal et que tous les concerts étaient gratuits. (Auparavant, Vague de Jazz prenait ses aises alentour, dans plusieurs villes et dans plusieurs lieux.) Pourquoi ? Parce que Jacques-Henri Béchieau a passé le relai à la mairie des Sables – qu’on remercie au passage pour son accueil –, désormais organisatrice officielle du festival, l’enfant du pays se concentrant principalement sur la programmation qui, cette année, portait encore sa “patte”, reconnaissable entre mille.
Sera-t-il toujours aussi présent en 2018 ? L’esprit de Vague de Jazz perdurera-t-il ? On pourrait être inquiet, mais on ne l’est pas. Car on sait l’étonnante capacité de l’Agitateur des Lieux à vouloir donner sa chance au jazz créatif et à ses plus turbulents et pétillants représentants. Ainsi le vit-on déjà égrener avec gourmandise, au gré d’une conversation, les noms des artistes qu’il aimerait convier l’an prochain. The show must go on…


Matthieu Naulleau, Jacques-Henri Béchieau et Florence Savy-Hérault. Photos : © Freddy J
 
En attendant, Vague de Jazz 2017 se termina sous un ciel capricieux qui força les quatre rétro-modernistes de Post-K(atrina) à rendre hommage aux grandes figures du jazz néo-orléanais sous la bruine – pas facile. (Les valeureux de Post-K passaient en première partie d’Omar Sosa, qui déroula ses subtils entrechats pianistiques et ses cha cha cha en pilotage automatique.) Quelques heures plus tard, à l’un de ces afters dont “V2J” a le secret (organisé dans un club privé de La Chaume, le Marianne’s), Matthieu Naulleau (piano), les frères Dousteyssier (Benjamin au sax alto, Jean à la clarinettes) et Elie Duris (cuillères) s’amusèrent à revisiter quelques tubes (nettement) plus récents, et Post-K devint Post-P (pour Post-Pop). Enfin au sec, il se mirent à swinguer comme des morts de faim. Non, nous ne citerons pas le nom du musicien qui, plus tard dans la nuit sablaise, dansa avec la maîtresse des lieux sur Mexico de Luis Mariano… 

Rendez-vous en 2018 !

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Vague de Jazz, l’écume des jours, III

par Frederic Goaty

Vague de Jazz 2017 ça continue : I Love With (Sylvain Darrifourcq, Théo Ceccaldi, Valentin Ceccaldi) et Élise Caron & Las Malenas au Jardin du Tribunal.


Élise Caron & Las Malenas. Photo : © Noadya Arnoux

Il y a un an jour pour jour (à deux jours près), mon ami Doc Sillon écrivait ceci à propos d’“Orchestrales”, le disque qu’Élise Caron faisait revivre pas plus tard qu’hier soir sur la scène du Jardin du Tribunal des Sables-d’O. : « Avant de s’en aller écouter des artistes comme on les aime dans un festival comme on les aime (Vague de Jazz, douzième édition), on écoute “Orchestrales”, le nouveau disque d’Élise Caron, enregistré avec Las Malenas (deux violons, un violoncelle, une contrebasse, un piano, un bandonéon) fin novembre 2015 au Triton (Les Lilas), quelques jours après le 13, quand les ténèbres commencèrent de tomber sur notre monde. En attendant que se dissipent ces nuages noirs qui ternissent nos pensées (il faut toujours espoir garder), Élise Caron jette une lumière salutaire sur nos humeurs sombres, même si – ah !, comme les artistes sont visionnaires – elle chante ceci dans Le Tournerond : « Ça y est c’est gagné, le monde enfin s’est embrasé. » Ses quatorze chansons, arrangées par un aréopage de bienfaiteurs des sons sensuels (Denis Chouillet, Thomas de Pourquery, Andy Emler…) sont autant de petits miracles de poésie piquante, des concentrés de spleen qui font du bien à la tête ; elles nous emmènent dans d’autres mondes, peuplés d’enfants bientôt centenaires, d’étoiles qui hurlent à la lune, de femmes de méninges (qui rappent) et de chars étincelants tirés par quatre cheveux blancs. Rien que ça. »
Sur scène, les émotions furent toutes aussi intenses, un rien perturbées, avouons-le, par les désarçonnantes introductions de la chanteuse, dont l’humour (faussement ?) potache mâtiné d’auto-dérision troublèrent plus d’un rêveur conquis par sa « poésie piquante ».


Théo Ceccaldi, Sylvain Darrifourcq et Valentin Ceccaldi in love with le public de Vague de Jazz. Photo : © Doc Sillon

En première partie, Sylvain Darrifourcq (batterie), Théo Ceccaldi (violon) et Valentin Ceccaldi (violoncelle), sans piper mot, eux, si ce n’est lors d’une sobre et tendre introduction au micro de MC Darrifourcq, laissèrent le public sans voix. Il faut dire que leur performance avait de quoi couper le souffle. Exemplaire, que dis-je, éblouissante de précision, à la fois rigoureuse et zinzin dans sa mise en place, ces zappeurs sans peur qui doivent tout au jazz mais qui s’en affranchissent avec jubilation nous firent faire un sacré tour de grand huit. La tête nous tourne encore de bonheur tiens… Joyeuse, ludique – ah, ces effets de disque rayé, incroyable ! –, étourdissante, alternant accélérations délirantes et plages toutes en lenteur doucereusement anxiogène, leur musique inouïe se faufile sans prendre de prisoniers dans nos nerfs auditifs, se love autour de nos synapses et squattte nos neurones.


Théo Ceccaldi, Sylvain Darrifourcq et Valentin Ceccaldi, alias In Love With, lancés à tout berzingue sur les sillons du groove frénétique.

Ça y est, c’est fini ? Non, ça repart aussi sec, à tout berzingue, pour ralentir trois millisecondes après sans faire crisser les pneus. Mais comment s’y prennent-ils pour mettre en place des breaks et des relances aussi millimétrées ? Comment font-ils pour mémoriser un tel mikado (super)sonique ? Ont-ils un cerveau bionique ? Tout cela est forcément très écrit, mais faire vivre une telle musique avec une telle intensité, moi je dis chapeau, comme disait Monsieur Morel. Chapeau aux frères Ceccaldi, as du coup d’archet chirurgical, chapeau à Monsieur Darrifourcq, as de la frappe chirurgicale.

CD Sylvain Darrifourcq – Théo And Valentin Ceccaldi : “In Love With” (Becoq)

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Vague de Jazz, l’écume des jours, II

par Frederic Goaty

Vague de Jazz 2017, demandez le programme : hier soir, c’était Tribute to Lucienne Boyer, par le Grand Orchestre du Tricot.

Gaston Lagaffe serait-il actuellement en vacances aux Sables-d’Olonne ? Si oui, Prunelle est-il au courant ? Sans parler de Monsieur Dupuis… Et Mademoiselle Jeanne dans tout ça ? Quoi qu’il soit, c’était bien la Mouette Rieuse qui, hier soir, se mit à improviser dans les airs juste au-dessus du Jardin du Tribunal, tandis qu’Angela Flahault et Théo Ceccaldi duettisaient comme dans les années folles sur Mon cœur est un violon, perle du répertoire de Lucienne Boyer.
Mais si, vous savez – ou vous ne saviez plus, mais le Grand Orchestre du Tricot vous a rafraîchi la mémoire –, Lucienne Boyer, la pourtant inoubliable créatrice de Parlez-moi d’amour, que Mademoiselle Angela interpréta d’ailleurs, un plus tard dans la soirée, en duo avec Gabriel Lemaire et sa clarinette rêveuse.


Florian Satche (batterie, direction artistique), Stéphane Decolly (basse), Roberto Negro (piano, arrangements), Théo Ceccaldi (violon, effets spéciaux à la sauce barbecue, percussions), Angela Flahault (chant), Gabriel Lemaire (saxophones, clarinette, flûte), Valentin Ceccaldi (violoncelle, percussions), Sacha Gillard (clarinette), Quentin Biardeau (saxophones, flûte). Hors-champs : Fidel Fourneyron (trombone), Eric Amrofel (guitare). Photo : © Noadya Arnoux

Quelques semaines après leur passage à La Dynamo de Banlieues Bleues, le batteur-directeur artistique Florian Satche – que l’on ne félicitera jamais assez pour avoir imaginé ce spectacle musical aux saveurs rétro-modernes qu’il aimerait tant faire tourner plus intensivement – et sa bande de trublions décloisonneurs ont à nouveau fait tranquillement chavirer de bonheur leur public. Youp youp, J’ai raté la correspondance, J’ai laissé la clef sur la porte, La valse tourne, Partie sans laisser d’adresse, Je t’aime… : ces chansons malicieuses et #coquinoues, on les déguste comme des friandises d’un autres temps, sans additifs ni colorants, souvenirs savoureux d’une époque tellement moins coincée que la nôtre. Mais les arrangements faits maison (par Roberto Negro et la fratrie Ceccaldi, Théo et Valentin), qui malaxent d’une main souple et légère jazz (avec des morceaux de free dedans), disco paillettes et rock à crète hirsute (façon gentil punk), sont la garantie d’une fraîcheur équitable et durable, sans arrière-goût de nostalgie rance.
Bref, ça chante comme au bon vieux temps – un grand bravo à Angela Flahault, voix douce et mutine et technique sans faille –, mais ça freecote sans gêne et ça solote sans entraves. Et puis quand un spectacle commence par une citation rieuse de Soul Intro de Jaco Pastorius, on sait d’emblée que l’on va avoir affaire à un grand orchestre pas comme les autres, aréopage de tricollectivistes décomplexés prêts à en découdre joyeusement avec l’ordre établi. Pourvu qu’ils durent.


Le Grand Orchestre du Tricot en mode balance. Photo : © Peter Cato
CD Grand Orchestre du Tricot : “Tribute To Lucienne Boyer” (Tricollectif / L’Autre Distribution, Choc Jazz Magazine).

> Ce soir au Jardin du Tibunal, Élise Caron & Las Malenas et le trio In Love With (les frères Ceccaldi + Sylvain Darrifourcq). Et c‘est toujours gratuit, en plus.

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Vague de Jazz, l’écume des jours, I

par Frederic Goaty

Vague de Jazz 2017, c’est parti. En ouverture de cette quinzième édition, le Quatuor Machaut et Synaesthetic Trip.

Naguère, selon les poètes toulousains, la pluie faisait des claquettes. Hier soir, aux “Sables”, comme on dit en pays vendéen, elle faisait des siennes et quelques nuages en ont pleuré. Du coup, le traditionnel concert en plein air du Jardin du Tribunal, théâtre de tant d’émois musicaux depuis 2003, fut délocalisé à l’Auditorium Saint-Michel, où nous pénétrâmes hélas avec un peu de retard, la faute à un dîner en sextette avec un Quatuor (lire plus bas) qui dura plus que de raison…


Daniel Erdmann, Benoît Delbecq, Edward Perraud, Arnaud Cuisinier et Bart Maris. Photo : Edward Perraud.

Pour autant, arriver en tous sens au beau milieu d’un concert de Synaesthetic Trip n’a rien de déstabilisant. Au contraire : on est d’emblée comme chez soi, en famille presque, saisi par un son de groupe d’une étonnante lisibilité. Il y a de la rigueur graphique dans cette musique, ce qui n’exclue pas certaine souplesse, un swing serein et convulsif à la fois incarné par des musiciens dont on ne se lassera sans doute jamais de louer les qualités. Celles du leader au premier chef, Edward Perraud, dont les baguettes toujours un peu folles jouent à cache-cache avec les codes (trop) bien établis sans perdre de vue la grande histoire de l’instrument. Il y a du Paul Motian chez cet homme au regard doux et lunaire, quelque chose d’animal – va pour un félin – dans sa façon d’être toujours aux aguets. Coupsde pattes, coups de griffes ? Non, relances inattendues, brisures subtiles, ding ! de cymbale millimétrés, tempi fiévreux et allégresse. A ses côtés, Daniel Erdmann au saxophone (invité dans le précédent disque, “Beyond The Predictable Touch”, membre régulier désormais) Bart Maris à la trompette (et aux effets), Arnaud Cuisinier à la contrebasse et Benoît Delbecq au piano, qu’on aime tant retrouver dans ce contexte, “à nu”, en soliste d’expérience capable de signer des improvisations maintes fois saluées par les grands anciens (feu Paul Bley) et suscitant l’admiration des jeunes qui montent (Colin Vallon).
En aparté, après le concert, Edward Perraud, juste avant de s’envoler vers le Portugal pour un concert avec le Supersonic de Thomas de Pourquery, nous soufflait qu’il était actuellement en train de travailler pour Label Bleu à un disque en trio avec Paul Lay (piano) et Bruno Chevillon (contrebasse). Quelle bonne nouvelle.


Gabriel Lemaire, Simon Couratier, Quentin Biardeau et Francis Lecointe, alias Le Quatuor Machaut. Photo : Noadya Arnoux.

Quelques heures plus tôt, en fin d’après-midi, le Quatuor Machaut a distillé les sons façon puzzle au Musée de l’Abbaye. Pour mieux questionner nos sens et pour interpréter, réinventer, resonger et subtilement contourner, voire oublier même, parfois, l’antique Messe de Notre Dame (1360, environ) de Guillaume de Machaut, Quentin Biardeau, Gabriel Lemaire, Francis Lecointe et Simon Couratier (saxophones alto, ténor et baryton) spatialisent avec maestria leur musique. Le lieu vaste et lumineux s’y prêtait, et les lauréats de Jazz Migration 2017 ne se privèrent pas de se déployer plein champs et hors chant, jonglant selon leurs dispositions pré-établies (un souffleur aux quatre poins cardinaux, des groupes de deux, en rang d’oignon face au public, comme en mêlée au milieu de la salle, etc.) avec tous les spectres sonores, et leur impact sur le public.

Ainsi, en mode 100 % acoustique, passèrent-ils d’effets stéréo à de saisissants effets de quadriphonie, s’autorisant même un retour au son mono, compact, d’une étonnante puissance (notamment quand ils étaient au milieu de la salle). En jouant avec l’espace et le temps (faire revivre une œuvre de plus de six siècle a quelque chose d’étourdissant), ensemble mais pas systématiquement ensemble (on les cherche plus d’une fois du regard et eux-même, peut-être, s’entendent autrement quand ils ne se voient plus), leur quatuor sonne comme bien peu d’autres avant eux. Klaxon géant polyphonique et protéiforme, sirène de bateau fantôme dans la brume, Hot Four immémorial, chœur (é)mouvant de cuivres brouillant les pistes entre musique contemporaine, musique ancienne et free jazz, le Quatuor Machaut nous a transporté. [Prochain concert du quatuor Machaut le 29 juillet à Poitiers. À lire, dans le nouveau Jazz Magazine, le portrait de Quentin Biardeau par Katia Touré. À écouter, “Quatuor Machaut”, le CD, sur Ayler Records.]

> Ce soir, Le Grand Orchestre du Tricot jouera son Tribute To Lucienne Boyer au Jardin du Tribunal. Parlez-moi d’amour, et ne manquez surtout pas ça.

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