Vague de Jazz, l’écume des jours, II

par Frederic Goaty

Vague de Jazz 2017, demandez le programme : hier soir, c’était Tribute to Lucienne Boyer, par le Grand Orchestre du Tricot.

Gaston Lagaffe serait-il actuellement en vacances aux Sables-d’Olonne ? Si oui, Prunelle est-il au courant ? Sans parler de Monsieur Dupuis… Et Mademoiselle Jeanne dans tout ça ? Quoi qu’il soit, c’était bien la Mouette Rieuse qui, hier soir, se mit à improviser dans les airs juste au-dessus du Jardin du Tribunal, tandis qu’Angela Flahault et Théo Ceccaldi duettisaient comme dans les années folles sur Mon cœur est un violon, perle du répertoire de Lucienne Boyer.
Mais si, vous savez – ou vous ne saviez plus, mais le Grand Orchestre du Tricot vous a rafraîchi la mémoire –, Lucienne Boyer, la pourtant inoubliable créatrice de Parlez-moi d’amour, que Mademoiselle Angela interpréta d’ailleurs, un plus tard dans la soirée, en duo avec Gabriel Lemaire et sa clarinette rêveuse.


Florian Satche (batterie, direction artistique), Stéphane Decolly (basse), Roberto Negro (piano, arrangements), Théo Ceccaldi (violon, effets spéciaux à la sauce barbecue, percussions), Angela Flahault (chant), Gabriel Lemaire (saxophones, clarinette, flûte), Valentin Ceccaldi (violoncelle, percussions), Sacha Gillard (clarinette), Quentin Biardeau (saxophones, flûte). Hors-champs : Fidel Fourneyron (trombone), Eric Amrofel (guitare). Photo : © Noadya Arnoux

Quelques semaines après leur passage à La Dynamo de Banlieues Bleues, le batteur-directeur artistique Florian Satche – que l’on ne félicitera jamais assez pour avoir imaginé ce spectacle musical aux saveurs rétro-modernes qu’il aimerait tant faire tourner plus intensivement – et sa bande de trublions décloisonneurs ont à nouveau fait tranquillement chavirer de bonheur leur public. Youp youp, J’ai raté la correspondance, J’ai laissé la clef sur la porte, La valse tourne, Partie sans laisser d’adresse, Je t’aime… : ces chansons malicieuses et #coquinoues, on les déguste comme des friandises d’un autres temps, sans additifs ni colorants, souvenirs savoureux d’une époque tellement moins coincée que la nôtre. Mais les arrangements faits maison (par Roberto Negro et la fratrie Ceccaldi, Théo et Valentin), qui malaxent d’une main souple et légère jazz (avec des morceaux de free dedans), disco paillettes et rock à crète hirsute (façon gentil punk), sont la garantie d’une fraîcheur équitable et durable, sans arrière-goût de nostalgie rance.
Bref, ça chante comme au bon vieux temps – un grand bravo à Angela Flahault, voix douce et mutine et technique sans faille –, mais ça freecote sans gêne et ça solote sans entraves. Et puis quand un spectacle commence par une citation rieuse de Soul Intro de Jaco Pastorius, on sait d’emblée que l’on va avoir affaire à un grand orchestre pas comme les autres, aréopage de tricollectivistes décomplexés prêts à en découdre joyeusement avec l’ordre établi. Pourvu qu’ils durent.


Le Grand Orchestre du Tricot en mode balance. Photo : © Peter Cato
CD Grand Orchestre du Tricot : “Tribute To Lucienne Boyer” (Tricollectif / L’Autre Distribution, Choc Jazz Magazine).

> Ce soir au Jardin du Tibunal, Élise Caron & Las Malenas et le trio In Love With (les frères Ceccaldi + Sylvain Darrifourcq). Et c‘est toujours gratuit, en plus.