Vague de Jazz, l’écume des jours, III

par Frederic Goaty

Vague de Jazz 2017 ça continue : I Love With (Sylvain Darrifourcq, Théo Ceccaldi, Valentin Ceccaldi) et Élise Caron & Las Malenas au Jardin du Tribunal.


Élise Caron & Las Malenas. Photo : © Noadya Arnoux

Il y a un an jour pour jour (à deux jours près), mon ami Doc Sillon écrivait ceci à propos d’“Orchestrales”, le disque qu’Élise Caron faisait revivre pas plus tard qu’hier soir sur la scène du Jardin du Tribunal des Sables-d’O. : « Avant de s’en aller écouter des artistes comme on les aime dans un festival comme on les aime (Vague de Jazz, douzième édition), on écoute “Orchestrales”, le nouveau disque d’Élise Caron, enregistré avec Las Malenas (deux violons, un violoncelle, une contrebasse, un piano, un bandonéon) fin novembre 2015 au Triton (Les Lilas), quelques jours après le 13, quand les ténèbres commencèrent de tomber sur notre monde. En attendant que se dissipent ces nuages noirs qui ternissent nos pensées (il faut toujours espoir garder), Élise Caron jette une lumière salutaire sur nos humeurs sombres, même si – ah !, comme les artistes sont visionnaires – elle chante ceci dans Le Tournerond : « Ça y est c’est gagné, le monde enfin s’est embrasé. » Ses quatorze chansons, arrangées par un aréopage de bienfaiteurs des sons sensuels (Denis Chouillet, Thomas de Pourquery, Andy Emler…) sont autant de petits miracles de poésie piquante, des concentrés de spleen qui font du bien à la tête ; elles nous emmènent dans d’autres mondes, peuplés d’enfants bientôt centenaires, d’étoiles qui hurlent à la lune, de femmes de méninges (qui rappent) et de chars étincelants tirés par quatre cheveux blancs. Rien que ça. »
Sur scène, les émotions furent toutes aussi intenses, un rien perturbées, avouons-le, par les désarçonnantes introductions de la chanteuse, dont l’humour (faussement ?) potache mâtiné d’auto-dérision troublèrent plus d’un rêveur conquis par sa « poésie piquante ».


Théo Ceccaldi, Sylvain Darrifourcq et Valentin Ceccaldi in love with le public de Vague de Jazz. Photo : © Doc Sillon

En première partie, Sylvain Darrifourcq (batterie), Théo Ceccaldi (violon) et Valentin Ceccaldi (violoncelle), sans piper mot, eux, si ce n’est lors d’une sobre et tendre introduction au micro de MC Darrifourcq, laissèrent le public sans voix. Il faut dire que leur performance avait de quoi couper le souffle. Exemplaire, que dis-je, éblouissante de précision, à la fois rigoureuse et zinzin dans sa mise en place, ces zappeurs sans peur qui doivent tout au jazz mais qui s’en affranchissent avec jubilation nous firent faire un sacré tour de grand huit. La tête nous tourne encore de bonheur tiens… Joyeuse, ludique – ah, ces effets de disque rayé, incroyable ! –, étourdissante, alternant accélérations délirantes et plages toutes en lenteur doucereusement anxiogène, leur musique inouïe se faufile sans prendre de prisoniers dans nos nerfs auditifs, se love autour de nos synapses et squattte nos neurones.


Théo Ceccaldi, Sylvain Darrifourcq et Valentin Ceccaldi, alias In Love With, lancés à tout berzingue sur les sillons du groove frénétique.

Ça y est, c’est fini ? Non, ça repart aussi sec, à tout berzingue, pour ralentir trois millisecondes après sans faire crisser les pneus. Mais comment s’y prennent-ils pour mettre en place des breaks et des relances aussi millimétrées ? Comment font-ils pour mémoriser un tel mikado (super)sonique ? Ont-ils un cerveau bionique ? Tout cela est forcément très écrit, mais faire vivre une telle musique avec une telle intensité, moi je dis chapeau, comme disait Monsieur Morel. Chapeau aux frères Ceccaldi, as du coup d’archet chirurgical, chapeau à Monsieur Darrifourcq, as de la frappe chirurgicale.

CD Sylvain Darrifourcq – Théo And Valentin Ceccaldi : “In Love With” (Becoq)