Actu

Bilan musical JFC 2010

By 2 septembre 2010octobre 6th, 2010No Comments

Rédigé par Jean François Coutureau

(L’une de mes amies de la Roche sur Yon m’a dit, qui venait pour la première fois à autant de concerts du festival (je la cite) : « ce qu’il y a de bien dans ce festival, c’est la diversité des musiques. On aime ou on aime pas » a-t-elle expliqué, mais finalement (je la paraphrase) on sait que chaque concert sera différent, ce qui donne l’envie de s’y rendre, que l’on ait été enthousiasmé ou déçu par le précédent.
N’est-ce pas ici l’éloge de ce qu’on appelle un festival ?)

Vague de Jazz a offert cette année aux spectateurs de tous horizons un grand choix de musiques Jazz, aux couleurs rock parfois très prononcées, sans aucun doute parce que l’âge des musiciens du festival était plus en phase avec ce mouvement, qu’ils ont vécu, qu’avec le jazz des années 50 (ou précédentes) qu’ils n’ont fait qu’écouter.
D’où la sensation que le festival 2010 a drainé plus de jeunes spectateurs qu’à l’habitude (même s’ils restent minoritaires).
Quoi qu’il en soit, les « anciens » du Jazz invités sur le festival (qui n’ont pas 60 ans, à l’exception de Michel Portal et de ses 74 étés) aiment renouveler leur musique en la partageant avec les plus jeunes générations, de même que les plus jeunes l’ont partagé avec d’encore plus jeunes cet été pour la faire vivre dans un mouvement générationnel sans discontinuité.
C’est probablement cela l’esprit du jazz, comme de toute musique folklorique, un partage intergénérationnel sans fin au service d’un esprit musical vivifiant et fructifiant.
Et les francs-tireurs cette année faisaient partie des plus jeunes, comme le duo de musiciens de Niort, Josselin Arhiman et Franck Cadet, qui en utilisant le logiciel USINE, ont intrigué (dans tous les sens du terme) en tentant d’ouvrir une brèche dans les espaces sonores de leurs aînés avec force conviction.
De Michel Portal, impérial, accueillant avec admiration Vincent Peirani à l’accordéon, et Dgiz au slam, impressionné mais plutôt explosif pour l’occasion, à Andy Emler invitant Mélodie Génadinos (certainement la plus jeune musicienne du festival) au violon « classique »dans une leçon de piano émouvante au Bar du Clouzy, et Louis Sclavis, pour sa première fois à Longeville, croisant le free avec le batteur multisonique Edward Perraud (aux mains d’argent ?), et le guitariste Hasse Poulsen, et secondant Dgiz avec feu dans un final ébouriffant, la preuve est là de la remarquable générosité, souplesse et réactivité des musiciens de Vague de Jazz.

Et que dire des deux bouts en train dynamiteurs du festival, Médéric Collignon, le parrain, et Thomas De Pourquery, multiforme, ces deux pirates d’eau douce de dernière heure, naturellement prompts aux abordages et aux enfantillages, embarqués dans une joute musico hilarante sur le marais, avec un lyrisme tout en retenue dans les contrepoints musicaux les plus concentrés qu’il fallait capter au dessus des eaux tumultueuses de leur inspiration débridée?
Médéric, et Dgiz encore, n’hésitant pas dans le marais à venir épauler la jeune génération musicienne amateur dopée par un tel échange ; Médéric encore jouant de la voix et du corps dans le duo Andy-Mélodie ; Médéric toujours sautant sur la scène du Théâtre de Verdure des Sables d’Olonne avec Eric Echampart à la batterie (encore un abordage) pour propulser Dgiz dans son ouverture au concert du soir.
Thomas (De Pourquery) se lançant dans un chorus d’anthologie en feignant l’incompétence musicale à la manière d’une Carla Bley dans l’époustouflant MégaOctet au dix solistes d’exception, Victoire du Jazz 2010, dont la petite ville de Longeville-sur-Mer a eu les honneurs ; Thomas, chanteur de charme partageant un duo d’amour avec Elise Caron, tour à tour lyrique (avec des graves majestueux de Prima Donna) et facétieuse (avec ses langues imaginaires), un deuxième honneur pour Longeville, une Victoire du Jazz 2010 ( le troisième honneur revenant à Médéric Collignon, parrain illustre de Vague de Jazz depuis huit ans, et auréolé de maintes récompenses prestigieuses) ; Thomas, chanteur de rock et de blues, décuplant la puissance du déjà énergétique punk-rock trio Linnake de Jeanne Added au Bar du Clouzy, qui en a surpris plus d’un attiré dans son halo, parmi lesquels Louis Sclavis, et Hasse Poulsen, et la présidente de Vague de Jazz, Florence Hérault, et la photographe du festival, Caroline Pottier, en transe, et Philippe Carles, le chroniqueur d’une série d’articles passionnés à lire dans le blog de Jazzmag, le défricheur infatigable, conquis à la cause des musiques Jazz du temps qui passe, car oui, malgré les décibels, et peut-être à cause des décibels, il fallait rentrer dans la danse de Jeanne pour en absorber l’énergie revitalisante.
Thomas encore, à la tête de DPZ au Théatre de Verdure, avec Maxime Delpierre à la guitare novatrice, et Daniel Zimmerman au trombone charnu, dans une musique souvent puissante en diable, jazz élaboré, rock ou funk, avec la batterie enveloppante de David Aknin, et Thomas toujours au Musée de L’Abbaye Sainte-Croix, inspiré et intime, chanteur fragile, au romantisme assumé, en contrepoint du trombone de Daniel Zimmerman ; Thomas et Daniel enfin offrant leur souffle généreux aux deux jeunes musiciens amateurs invités au musée, dans un standard d’une suavité extrême métamorphosé par ce quartet improvisé.
L’improvisation, c’était aussi l’esprit du trio à cordes Hélène Labarrière-Didier Petit-Guillaume Roy, en musique de chambre décomplexée, ou de l’atelier jazz maison du clarinettiste Roland Guérin en apéritif musical au Bar du Clouzy avec ses musiciens du cru, ou du fringant Maxime Delpierre en guitariste solitaire qui quitta l’ombre d’un restaurant annoncé lieu de concert pour la lumière d’une cours d’école à la Chaume accueillant les grands enfants avides de jeu.

Et puis, il y eut aussi les soirées à thème, ces concerts de musiques plus écrites qui concentraient l’émotion : le Trio « Das Kapital », avec son programme de chansons allemandes magistralement commenté par trois musiciens aux accents délicieusement européens (un bel échange à portée pédagogique engagée), le Quartet de Jacky Molard avec Hélène Labarrière (autre environnement, autre façon d’aborder la musique, ici la contrebasse, comme on le découvre souvent avec les musiciens Vague de Jazz plusieurs fois invités à juste titre), jazz breton (?) baigné de folklores celtiques, oscillant entre danses de fest-noz et ballades irlandaises, le Trio Pifarely très jazz rock, aux volutes répétitives portant vers la transe et une musique de grooves, Limousine, le trio devenu quartet, avec sa bande-son pop-rock qui surfe sur quelques uns de ses tubes déjà incontournables, avec un Maxime Delpierre souverain à la guitare électrique, enfin le Trio Journal Intime touchant à tous les jazz avec virtuosité dans un programme revisitant des compositeurs classiques et Jimi Hendrix !

Bien sûr, chacun aura fait son festival, car c’est bien un vent de festival qui soufflait sur la Vague de Jazz 2010, et pourra faire part de ses émotions et de ses interrogations (voire de quelques agacements à propos du son), mais quel plaisir finalement de pouvoir dire : « J’y étais. »

A lire les dix chroniques Vague de Jazz 2010 par Philippe Carles dans le blog de Jazz Magazine : http://www.jazzmagazine.com

Leave a Reply